SDR : le retour du football champagne ?

Publié le par OdaïrFortès7fan

Chacun a sa propre conception du football. Certains ne pensent qu'au résultat brut mais si l'on veut incorporer une notion de plaisir à ce qui est proposé devant nos yeux, rien de tel qu'un jeu construit, léché, fluide, qui va de l'avant. Préférez-vous le bus de Mourinho (qui cette saison propose bien mieux en terme de jeu) l'an passé en Ligue des Champions avec Chelsea ou le football total de Guardiola qui place les joueurs de manière surprenante au premier abord mais tellement réfléchi dans l'expression du collectif du Bayern Munich ? Pour faire encore plus simple, prenez-vous plaisir à voir le Stade de Reims jouer (en occultant les résultats des derniers matchs contre Lille, Bastia, Lyon ou Guingamp) un football plus créatif qu'auparavant ?

Nous ne sommes plus à l'époque des Fontaine, Onnis et autre Bianchi, buteurs capables de planter 30 buts par saison. Pour atteindre ce chiffre, il faudrait 4 ou 5 ans à un Charbonnier ! Mais qu'importe, les stats ne font pas tout... et actuellement c'est le collectif qui prime.

Je pars en effet du principe que tant bien même vos joueurs sont moyens, et dans un objectif de maintien en Ligue 1, il n'est en aucun cas interdit de leur demander de chercher à développer du jeu ! Facile à dire, pourtant l'idée devient réalité sous la direction de Jean-Luc Vasseur et son staff. Pas d'enflammade mais beaucoup d'espoir.

I - Construire ou détruire ?

Il n'y a pas de recette miracle, un coach fait en fonction de l'effectif que sa direction lui permet d'avoir, il doit alors le façonner malgré des limites (recrutement, être à l'écoute du groupe, se fondre dans le moule local tout en défendant au maximum son projet...).

La patte Gourcuff à partir de la fin des années 2000 à Lorient doit encourager les clubs de "seconde zone" à chercher non seulement le résultat mais aussi la manière de l'acquérir. Vasseur est dans cette veine. Malgré l'incertitude liée à plusieurs facteurs (CAN, profondeur de banc, inefficacité...) et toujours avec l'exemple breton en tête (Lorient a acquis son maintien en 2012 avec 39 maigres points), ces principes de jeu vers l'avant devraient permettre au SDR de tenir ses objectifs.

Les duels physiques c'est bien, il faut en remporter pour exister en Ligue 1 mais éliminer son adversaire par une passe c'est tellement plus agréable ! Tout dépend ce qu'on fait de la possession de balle mais force est de constater que les 60% face à Guingamp, les 35 centres ont amenés un nombre de situations jamais vu à Delaune ! le résultat gache tout. Le manque d'expérience par rapport à cette nouvelle dimension tactique fait que l'on paie cash le manque d'efficacité ! Face au Losc, ce fût un jeu au sol, de la variation en utilisant toute la largeur du terrain, du pressing pour récupérer le ballon qui paya...

Critiqué logiquement pour certains de ses choix, Vasseur a réussi a faire comprendre sa vision du jeu à ses joueurs. Ils sont à l'écoute, l'amalgamme est fait au sein du groupe par rapport à sa méthode (lire cet article de SoFoot avec les déclarations de Maxime Partouche : http://www.sofoot.com/reims-digere-enfin-la-l1-192876.html) et cela paiera. Sa communication interne, relayée par Guégan semble plaire aux joueurs. Du travail certes, mais sans travail comment progresser ? En adéquation avec le préparateur physique, les séances sont plus dures qu'avec Hubert Fournier. Cela entrainant parfois des questionnements comme la gestion de la blessure de Moukandjo qui traîne depuis trois semaines. Simeone à l'Atlético, Bielsa à l'OM c'est une énorme charge de travail, usante mais qui aboutie à des résultats et aussi à du spectacle !

J'en reviens à Olivier Guégan. Ses stages afin d'obtenir son diplôme aux côtés de Pocchetino à Southampton ou Rudi Garcia à Rome, deux ferrus de travail rigoureux et de beau jeu, servent à inculquer cette volonté de jouer vers l'avant à l'effectif rémois. L'entraineur adjoint de retour après son "éviction" du staff de Fournier est le parfait complément de Vasseur. Du caractère et la rage de vaincre par le jeu font qu'aujourd'hui l'effectif prend un plaisir fou à jouer un jeu de construction plutôt que de destruction comme sous l'ère Fournier. Je citerai Diego Rigonato qui le 9 Décembre déclara "On a bien bossé, on a fait de supers matchs". A l'époque de Hubert Fournier (et de son brillant passage au SDR ponctuée par une montée en L1 et deux maintiens), cette tactique en 4-1-4-1 était adaptée mais le besoin de passer à autre chose se faisait sentir à ce niveau. Au passage, rien ne dit que Fournier n'aurait pas recherché davantage de qualité dans le jeu qu'il proposait suite au départ inéluctable de Krychowiak, pilier de son système. La méthode champenoise de 2014-15 ne garantie en rien le maintien, mais quel plaisir de voir notre équipe évoluer ainsi !

II - Vasseur, le Guardiola du pauvre

Sûr qu'il est plus facile d'entrainer Robben au Bayern ou Messi à Barcelone, surtout quand on a soit même évolué au plus haut niveau. Cela doit-il cantonner un modeste joueur de Division 1 comme Jean-Luc Vasseur avec un effectif restreint, à proposer un jeu piquant les yeux des supporters ? la réponse est NON !

Le génie de Guardiola tient en son obsession de la possession de balle. Cela a pourtant des limites, pour preuve le 0-4 infligé par le Réal d'Ancelotti (traité comme un malpropre en France lors de son passage au PSG) qui a posé question l'an dernier. Les contres assassins de Ronaldo et cie ont balayé d'un revers de crampons la tactique du catalan malgré une domination écrasante dans le jeu. Pour autant il ne changera pas sa manière de voir le football car il sait que c'est par le jeu qu'il gagnera de nouveau. Il peut étonner, rendre les observateurs incrédules en plaçant Lahm ou Alaba au milieu ou encore Gotze en 8 mais le Bayern a une telle marge que l'effectif devient un laboratoire à systèmes de jeu ! L'équipe nationale d'Allemagne composée pour majorité de munichois aurait-elle remportée la Coupe du Monde sans cette nouvelle réflexion tactique importée en Bavière par le disciple de Rinus Michels et son football total, entraineur mythique de l'Ajax à la fin des années 1960 avec comme leader Johan Cruyff. Toutes proportions gardées, Vasseur cherche à dominer son adversaire par le jeu, cela demande concentration, une dimension technique supérieure et surtout de l'efficacité, le maître mot du sport de haut niveau. A partir du moment où l'on ne fait pas la différence, l'équipe s'expose. Je maintiens préférer finir 15è de L1 en développant du jeu, en vivant des émotions au stade plutôt que d'être 10è en ne pensant qu'au résultat brut, sans saveur aucune. Il est probable que certains d'entre vous aiment le jeu restrictif et pourraient me demander quelle serait ma réaction si en jouant mal, nos joueurs soulevaient une Coupe de France ? Et bien je serai le plus heureux des supporters mais jusqu'à preuve du contraire, peu d'équipes jouant la défense l'emporte. La dernière exception étant le "Boring Chelsea" de Di Matteo en 2012 remportant la Ligue des Champions... l'obtention de l'Europa League un an plus tard sous Bénitez était bien plus réjouissance à voir ! Pour résumer, il faut trouver la bonne alchimie entre jeu vertical et efficacité. Pas simple...

III - Des systèmes en stock

Pour oeuvrer à la construction de son système, Vasseur s'est parfois trompé, à tergiversé... Il avait prévenu qu'il faudrait du temps, mais aussi un recadrage interne de Jean-Pierre Caillot... Ce fût finalement le déclic qui lui ouvrit les yeux sur son groupe, sur son staff avec lequel il s'est rapproché pour proposer un 4-2-3-1. Quatre défenseurs mixant jeunesse et expérience, les piliers Devaux et Oniangué chargés de l'animation et de la récupération (bref de vrais milieux) et un Charbonnier qui retrouve la place qu'il affectionnait tant à Angers, derrière la pointe où au choix l'on retrouve le physique et technique Ngog ou la vitesse du dévoreur d'espaces Nicolas de Préville. Hubert Fournier n'avait pas fait de Charbonnier sa priorité de recrutement l'an passé notamment à cause de son jeu de tête faiblard dans un 4-1-4-1 qui l'esseulait. Force est de constater que JLV à redonner une seconde vie à l'organisateur de l'attaque rémoise tout comme à l'ensemble d'un groupe à qui il a fait prendre conscience qu'il pouvait produire du jeu et ne pas se contenter de courir après le porteur de balle adverse. Sans dénigrer la précédente, une nouvelle ère s'ouvre au SDR, celle-ci passant encore par le maintien mais après la base Fournier, la fusée rémoise pourrait décoller. Il a fallu un an à Montanier du côté de Rennes, en modifiant 70% de son effectif avec un budget plus conséquent, pour arriver à son objectif de produire du jeu. La L1 a perdue Gourcuff mais Montanier, Gourvennec, Fournier ou Vasseur ont pris le relais quand les Lacombe ou Baup ont disparu de la circulation. Sans oublier Bielsa, le spectacle est présent, on commence à avoir l'objectif de marquer un but de plus que l'adversaire quelque soit le score plutôt que de fermer sa défense à double tour. Cela n'empêchera pas pour autant des ratés comme le 2-3 face à Guingamp... Ahh si le foot était une science exacte, et bien on s'ennuierait sacrément !

A Lyon, le SDR a évolué dans un système inédit au coup d'envoi, un 3-4-3 qui a donné du fil à retordre au 4-4-2 losange de Fournier, l'obligeant en seconde période à changer, passant en 4-3-3 (et oui, il a un Plan B à Lyon !!!, preuve de son évolution tactique) après que Reims ait dominé (56%) la première période. Les rouge et blanc craignaient cette nouvelle donne tactique concoctée par Vasseur et malgré une deuxième mi-temps beaucoup moins bonne en 5-4-1 dûe à la blessure de Moukandjo, cela a permis à l'ancien entraîneur de Créteil de leur prouver que ce n'est pas le système qui prime mais l'animation qui est mise en oeuvre par les joueurs ! La volonté de jeu du début de match même avec des joueurs parfois mal à l'aise tactiquement (Signorino) n'est donc pas incompatible avec le pragmatisme de chercher à conserver le 1-1 par la suite. L'expérience de ces nouveaux principes s'engrangera match après match.

IV - Des joueurs en pleine évolution technico-tactique

Devaux, le métronome et Charbonnier en sont les premiers acteurs. L'effectif progresse, Conté en défense centrale, Oniangué au milieu, Ngog apportant plus que tout autre 9 dans le jeu... mais cela reste fragile. La CAN arrive, tous les clubs seront touchés mais le SDR a t-il les réserves techniques pour continuer pendant cette période à proposer un tel jeu ? Bourillon avec son expérience lorientaise peut apporter s'il est à 100%, De Préville jouera t-il le rôle de Facteur X comme Moukandjo en débloquant les situations?, Kyei aura t-il du temps de jeu pour se révéler ?, sans oublier que la défense verra Conté se décaler au poste de latéral droit, Roberge revenant aux côtés de Tacalfred pendant l'absence de Mandi. A la vue des pelouses pourries de L1 notamment du Stade Auguste Delaune, préservons Weber et Peuget de retour de blessure. Il faudra vite prendre des points pour valider non seulement le projet de jeu sur la durée mais aussi pour acquérir un maintien dans une seconde partie de saison loin d'être évidente. Reims devra notamment faire plus à l'extérieur.

Dernièrement à Nice, l'absence de la clé du système Vasseurien s'est faite sentir, limitant les ambitions d'un soir. Gaétan Charbonnier ne sera jamais un buteur par son jeu de tête moyen et sa lenteur, mais son activité, son liant entre le milieu et l'attaque apporte indéniablement un plus, avant tout technique. Malgré des défauts, sa vision du jeu, les décalages, sa relation avec Ngog qui progresse font qu'il est aujourd'hui devenu indispensable au SDR ! Epanoui grâce à JLV, il a retourné les sifflets parfois mérités en applaudissements nourris. Reste à voir sur la durée mais il est le garant du 4-2-3-1 mis en place. Les joueurs progressent, se plaisent dans cette volonté d'aller vers l'avant. C'est comparable à ce qui se déroule actuellement à l'OM. De l'ambition dans le jeu pour acquérir un résultat. Fini le potentiel, terme qui ne veut absolument rien dire tant que la vérité du terrain n'est pas exprimée par un joueur. Il n'y a qu'à prendre l'exemple d'un Imbula indigeant en Equipe de France espoirs car mal cadré, et très agréable à voir évoluer sous les ordres de El Loco. Idem pour Payet qui joue enfin sa partition, incapable sous la direction molle et sans relief de Elie Baup. L'état d'esprit d'un entraineur transpire sur l'effectif, cela ne fonctionne pas partout mais il me semble que l'adhésion est en train de se produire au Stade de Reims.

Attendons encore avant de déboucher le champagne, notre football est en évolution, nous procure du plaisir, nos joueurs combinant des mouvements de qualité qui plus est sur la pelouse lamentable de Delaune. Quand le SDR aura trouvé le bon dosage attaque / défense (notamment sur les contres adverses) alors nous aurons une équipe qui aura de la gueule. Peu y ont cru (même pas moi) au soir du 27 Septembre après la défaite 3-0 à Metz.  A peine deux mois plus tard ceux qui n'ont pas lâché l'espoir de voir Jean-Luc Vasseur réussir au club ont compris que son discours se traduirait en acte, bravo ! Le technicien rémois ne s'est pas affolé, a travaillé et a répondu sur le terrain. Il n'a pas osé faire une sortie médiatique mythique à la Pascal Dupraz, coach de Evian TG du type https://www.youtube.com/watch?v=1bVSzUfOvaA "les mécréants vont pouvoir fermer leur gueule ... j'espère qu'ils vont encore fermer leur gueule un paquet de fois ... et qu'en fin de saison qu'ils ferment leur gueule jusqu'à la fin de saison prochaine". Vasseur communique différemment, avec ses principes de jeu cet entraineur a de l'avenir, j'estime que le Stade de Reims aussi !

OdaïrFortès7Fan - Fortès51

C'était le dernier numéro de HumeurFoot en 2014, Joyeuses fêtes de fin d'année à toutes et à tous ! N'hésitez pas à commenter positivement ou à me contredire sur le sujet du jour dans l'onglet ci-dessous, chacun ayant sa vision des événements... ce n'est que du foot après tout !

 

SDR : le retour du football champagne ?
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carlos_gabriel 12/12/2014 09:09

100% d’accord avec toi, très bonne analyse, et super agréable à lire grâce à ta qualité de rédaction. Je ne sais pas si tu veux épouser une carrière de journaliste presse écrite, mais tu as tous les atouts en main, bravo ! Et vivement 2015 pour ton prochain article. ;)

Franck Stocker 11/12/2014 17:32

Deja respect pour le temps pri pour rediger un article qui pour moi est profond, quand a l'analyse on aime ou on aime pas mais moi je la trouve coherente a ce jour, la derniere journee sera ce que le stade en aura fait de Evian au PSG.....merci a toi bonnes fetes de find'annee et allez le Stade.

MysterMan 11/12/2014 17:27

D'après une source sur du SDR ça serait perrin qui ferait les compos.
Désoler mais je n'est pas de preuve tangible
Sinon très bonne article

Jérémy 11/12/2014 14:17

J'ai imprimé ton texte. On en rediscute juste avant la 38ème journée...^^